Planifier pour l’avenir… avant que l’avenir nous rattrape : le pouvoir de la planification stratégique
- Marie-Eve
- 30 mars
- 4 min de lecture

Il y a des décisions en agriculture qu’on peut se permettre de tester.Changer un fournisseur. Essayer une nouvelle ration. Ajuster un horaire.
D’autres qu’on ne fait qu’une fois.
Le transfert d’entreprise fait clairement partie de la deuxième catégorie.
C’est ce qui ressort avec beaucoup de lucidité d’un balado que j’ai écouté récemment (voir le lien à la fin de l'article), dans lequel une conseillère en transfert discute avec des producteurs laitiers qui ont entrepris une planification stratégique pour réfléchir sérieusement à l’avenir de leur entreprise… et à son transfert.
Une conversation vraie, ancrée dans le terrain, qui rappelle une chose essentielle : quand les questions commencent à s’accumuler, ce n’est pas le moment d’improviser.
Se donner le droit de réfléchir avant d’agir
Dans leur cas, les producteurs sentaient qu’ils arrivaient à un moment charnière. Ils voulaient commencer à réfléchir au transfert, mais surtout comprendre à quoi porter attention dans les dix prochaines années afin d’éviter les pièges.
Le contexte était clair : ils avaient eux-mêmes vécu un transfert difficile et ne souhaitaient pas répéter les mêmes erreurs. Ils voulaient protéger ce qui avait été bâti au fil de plusieurs décennies et s’assurer que les décisions à venir soient cohérentes, réfléchies, assumées.
La planification stratégique leur a permis de faire exactement ça :mettre le quotidien sur pause pour passer en mode réflexion, avant de replonger dans l’action.
Remettre de l’ordre entre objectifs et indicateurs
Un élément marquant de leur démarche a été de clarifier ce qu’est un véritable objectif… et ce qui n’en est pas un.
Accumuler des actifs, du quota ou de l’équipement, ce sont des indicateurs. Des moyens mesurables. L’objectif, le vrai, était ailleurs : bâtir une entreprise rentable, efficace et transférable à l’intérieur d’un horizon clair.
Cette distinction a changé la dynamique des décisions. Plutôt que d’agir en fonction d’opportunités ponctuelles, ils ont pu déterminer quelles actions devaient être mises en place pour atteindre leur objectif global.
Et surtout, ils ont compris que le plan d’action n’était pas rigide. Il sert de guide, s’adapte aux imprévus, évolue avec la réalité du terrain… sans perdre le cap.
Un cadre pour décider avec confiance
Faire une planification stratégique ne veut pas dire suivre un guide à la lettre, sans jamais s’en écarter. Au contraire.
Le cadre sert de point de référence. Il aide à comprendre les impacts réels des décisions, même lorsqu’on choisit de faire autrement. Parce que se tromper fait partie de la vie entrepreneuriale, mais se tromper sans mesurer les conséquences peut coûter cher — en argent, en énergie et en temps.
Avoir une trajectoire claire permet non seulement d’éviter certaines erreurs, mais aussi d’améliorer la qualité des décisions. L’objectif devient alors ambitieux : dépasser le cadre qu’on s’est donné, mais en connaissance de cause.
Une démarche qui vient de l’intérieur
Dans ce cas-ci, la planification stratégique ne s’est pas faite sur un coin de table ni en une seule rencontre. Elle a plutôt pris la forme de quatre à cinq rencontres d’une demi‑journée, tenues en visioconférence, réparties dans le temps.
Un format qui, contre toute attente, s’est avéré particulièrement efficace. Les producteurs pouvaient faire les tâches du matin à l’étable, s’installer ensuite pour la rencontre, puis reprendre le travail sans perdre de temps en déplacements. Pour eux, la visioconférence n’a pas été un frein, mais bien un facilitateur : plus d'efficacité, moins de logistique.
Entre chaque rencontre, la conseillère proposait des réflexions et des devoirs à préparer. Et c’est là un élément clé de la démarche : la planification stratégique repose d’abord sur l’implication active des producteurs, ainsi que leur ouverture d'esprit!
Il ne s’agissait pas de recevoir des réponses toutes faites ou un plan générique. Les producteurs devaient réfléchir, discuter, parfois se questionner à fond. Parce que les décisions devaient venir d’eux. L’entreprise leur appartient, autant sur le plan économique que sur le plan affectif. La démarche exige donc du temps, de l’ouverture et une réelle volonté de s’impliquer.
C’est précisément cette implication qui fait toute la différence. Le plan d’action qui en ressort n’est pas un document théorique : c’est une photo fidèle de leurs décisions d’affaires et familiales, à un moment donné. Une référence commune, construite pas à pas, qui donne du sens aux actions posées par la suite.
Résultat : les décisions ne sont plus prises dans l’urgence ou au hasard. Elles sont mieux réfléchies, alignées avec la vision des producteurs… et surtout, pleinement assumées.
Un impact concret sur le transfert et la relève
Un autre effet fort de la démarche a été la clarté qu’elle a apportée dans les échanges avec les enfants impliqués dans l’entreprise.
Tout à coup, le transfert devenait plus concret, plus compréhensible. Les décisions pouvaient être expliquées, discutées, mises en contexte. Les producteurs ont instauré des rencontres mensuelles avec la relève pour parler de chiffres, de gestion, de budget… mais aussi du pourquoi derrière certaines orientations stratégiques.
Pourquoi investir moins cher dans certains équipements? Pourquoi prioriser certaines dépenses plutôt que d’autres?
Cette transparence a favorisé l’adhésion, la compréhension et une plus grande maturité chez la relève. Elle a aussi ouvert la porte à d’autres discussions importantes : la formation, l’autonomie, la qualité de vie, et même l’instauration graduelle de congés.
Le bon moment pour commencer? Avant d’être pressé.
S’il y a une chose que ce balado met en lumière, c’est que le meilleur moment pour entamer une planification stratégique, c’est plus tôt que tard.
Les résultats ne seront pas les mêmes selon la maturité de l’entreprise et des entrepreneurs, mais une chose est certaine : plus la réflexion commence tôt, plus les possibilités sont grandes.
Avec le recul, les producteurs en sont convaincus : amorcer cette démarche plus tôt aurait changé bien des choses.
En conclusion
Ce balado nous rappelle que la planification stratégique n’est ni compliquée ni réservée à une élite. C’est un outil concret, accessible, profondément humain, qui permet de structurer l’avenir d’une entreprise et de faciliter un transfert souvent chargé d’émotions.
Bref, un investissement qui coûte — presque toujours — moins cher que de se tromper.
🎧 Pour écouter le balado :👉 [https://shows.acast.com/64946b3887f4e300112e57fe/69b2fd945668adfee62f42cd]



